Mythe 1 : La fin des dépendances aux ressources naturelles ?

La voiture électrique ne consomme pas de pétrole, mais de l'électricité. En Europe, cette électricité est principalement produite à partir de charbon, de gaz, d'uranium, ou de sources renouvelables. Actuellement, ces quatre sources d'électricité produisent grosso-modo un quart de l'électricité européenne chacune1. La voiture électrique utilise donc des ressources naturelles, en partie fossiles, lorsqu'elle roule, même s'il ne s'agit pas directement de pétrole.

Cependant, ce sont les éléments nécessaires à la fabrication d'une voiture électrique qui sont les plus critiques au niveau des ressources naturelles. En particulier, le lithium et le cobalt qui sont nécessaires pour la fabrication des batteries, ou les terres rares2 abondamment utilisées dans les aimants de moteurs électriques. Une partie du surcoût de la voiture électrique vient d'ailleurs de l'utilisation de ces ressources, qui ne sont pas ou peu disponibles en Europe.

Les enjeux géopolitiques liés à ces ressources sont importants, comme en témoigne le différent commercial entre la Chine et les pays occidentaux à propos des terres rares3. La Commission européenne a ainsi établi depuis 2010 une liste des matières premières critiques, dans laquelle figurent en bonne place les terres rares et le cobalt4. Ces enjeux sont renforcés par le fait que la demande pour ces ressources atteint, sous l'effet du déploiement des nouvelles technologies, des sommets inégalés. Le développement à large échelle de la voiture électrique pourrait à lui seul faire exploser une demande déjà forte pour ces ressources5.

Dans les pays producteurs, l'extraction de ces ressources à un rythme croissant ne va pas sans poser des questions sur les plans environnementaux et sociaux. L'extraction minière s'accompagne de pollutions importantes au détriment des communautés locales et des travailleurs, souvent exploités dans des conditions indignes6,7. La pollution de l'air par des particules toxiques (métaux lourds, éléments radioactifs), ainsi que des sols et de l'eau a été documentée notamment dans le cas de l'extraction des terres rares, avec des conséquences néfastes sur la santé des populations exposées (cancers, malformations, etc.)8.

Avec un nombre croissant de matériaux utilisés, dont 6 à 10 kg de lithium et 10 à 15 kg9 de terres rares par véhicule, l'impact en terme de ressources naturelles d'un développement à large échelle de la voiture électrique ne peut être pris à la légère.

Ce n'est pas la voiture électrique qui résoudra les problèmes de dépendance aux ressources naturelles. Changez de mobilité, pas de voiture !

Pour en savoir plus, consultez notre dossier sur la mobilité électrique.

 

1 Voir : www.eea.europa.eu et http://epp.eurostat.ec.europa.eu

2 Les terres rares sont un groupe d'éléments chimiques aux propriétés électromagnétiques particulières qui en font une ressource cruciale pour de nombreuses technologies récentes.

3 La plainte de l'Europe envers la Chine, déposée à l'OMC : www.wto.org

4 Voir http://ec.europa.eu

5 Raf Custers, La bagnole électrique, business as usual : www.gresea.be

6 John Lehmann, Reportage photographique sur les enfants mineurs de cobalt et de cuivre en République Démocratique du Congo : www.theglobeandmail.com

7 Pierre Courbe, Voitures électriques : réfléchir avant d’agir ! : www.iew.be

8 Eric Drezet, Impacts de la production des terres rares : http://ecoinfo.cnrs.fr

9 Contenu de la Prius hybride de Toyota. Voir : www.oakdenehollins.co.uk

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Mise á jour: January 15, 2014, at 11:25 AM