Mythe 2 : La voiture électrique sauvera-t-elle le climat ?

Les constructeurs nous vendent une voiture électrique « zéro émissions » ou « zéro CO2 ». Les pouvoirs publics reprennent tel quel ce message et subsidient la voiture électrique comme si ses émissions étaient nulles. Qu'en est-il en réalité ? N'est-on pas face à un message trompeur ?

Quantifier et comparer l’impact environnemental de véhicules utilisant des technologies différentes n’a de sens que dans le cadre d’une approche qui prend en compte l’ensemble du cycle de vie de ces véhicules1. Les étapes à prendre en compte sont :

  1. la fabrication du véhicule
  2. la production du « carburant » (pétrole, électricité...)
  3. le fonctionnement du véhicule
  4. la fin de vie du véhicule

Les émissions de CO2 correspondant aux différentes étapes du cycle de vie varient fortement selon la technologie envisagée. Une voiture électrique, par exemple, n’émet pas de CO2 lorsqu’elle roule (étape 3), mais la production d’électricité (étape 2) est une opération généralement fortement émettrice de CO2. À contrario, produire un litre d’essence est une activité comparativement peu émettrice de CO2, mais le brûler dans un moteur de voiture émet beaucoup de CO2. Comparer deux technologies différentes en ne prenant en compte qu’une seule étape n’a aucun sens.

Dire que la voiture électrique est « propre » ou « n'émet pas de CO2 » s'apparente à un mensonge par omission. Plusieurs constructeurs automobiles ont d'ailleurs été sanctionnés en France pour publicités trompeuses2.

D'autant que l’impact climatique de la fabrication d’une voiture électrique est nettement plus important que celui de la fabrication d’une voiture thermique, à cause de la production de la batterie. L'impact de la fabrication d'une voiture électrique moyenne est de 8,8 tonnes (une seule batterie sur la durée de vie du véhicule) à 12,5 tonnes de CO2 (cas où la batterie doit être remplacée une fois sur la durée de vie du véhicule), soit près du double des 5,6 tonnes de CO2 d'une voiture à essence comparable3.

Si l'on prend en compte le cycle de vie complet des véhicules, il n’est pas possible d’affirmer que la voiture électrique permettra une diminution substantielle des émissions de CO2 par rapport à son équivalent thermique. Tout au plus, une diminution très modérée des émissions semble pouvoir être espérée en Europe dans les années à venir, de l'ordre de 10 à 25 % par rapport à un véhicule thermique correspondant4.

Mais il y a pire. Sous la pression du lobby automobile, la législation européenne comporte des biais majeurs. Elle permet aux constructeurs de vendre 2,5 voitures très polluantes supplémentaires pour chaque voiture électrique vendue (système des « supercredits »)5. Ainsi, l'acheteur de voiture électrique qui pense œuvrer à l'amélioration de l'environnement, accorde dans les faits à son insu une licence aux constructeurs automobiles pour poursuivre leurs pratiques les plus polluantes !

Ce n'est pas la voiture électrique qui sauvera la planète et le climat. Changez de mobilité, pas de voiture !

Pour en savoir plus, consultez notre dossier sur la mobilité électrique, ainsi que notre analyse « voiture électrique et CO2 : info et intox ».

 

1 Le Conseil fédéral du développement durable souligne à ce sujet : « la prise en compte la plus complète possible du cycle de vie devrait permettre à long terme de comparer les différentes technologies ». Voir : www.cfdd.be

2 Voir : www.rue89.com/2013/09/23/voitures-electriques

3 Voir : http://www.lowcvp.org.uk

4 Voir l'article « Voiture électrique et CO2 : info et intox » qui passe en revue une série d'études sur le cycle de vie de la voiture électrique. D'autres études ultérieures, telles que www.wiley.com viennent confirmer le constat posé ici.

5 Pierre Courbe, Quand voiture électrique signifie encore plus de CO2…

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Mise á jour: January 22, 2014, at 10:45 AM